L’ère moderne, nouveauté et exotisme?

Nous vivons dans un ère d’information. Si, dans le temps, nous étions encore à la recherche du nouveau et de l’exotique, aujourd’hui à force de nous l’avoir octroyé tant, nous souffrons d‘une saturation complète d’inspirations proprement dit. Toujours à la recherche du plus nouveau, plus beau, plus exotique… la communication d’aujourd’hui va plus loin qu’elle devrait, même au delà du contrôle.

    …façon de dire : aujourd’hui, nous ne sommes pas dupes - le même produit avec un nouveau prix, n’en fait pas pour autant une nouveauté.

Le monde est envahi par l’abondance de stimuli, et, en quelque sorte, nous avons entre temps développé une capacité à trier les informations qui nous intéresse. La question que nous devons nous poser est, quelle est la place de la musique classique dans tout ça, et encore, la musique contemporaine?

Une interrogation. Vitale. Qui nous touche tous.

La musique « classique », dans le sens large, donc tout ce qui est matière et issue d’une formation classique au Conservatoire, et étiquetée aujourd’hui en tant que « loisir pour les savants, les plus aisés, les « vieux », les « coincés »… », etc. A tort ! Evidemment, nous savons tous que rien ne peut vous procurer autant de satisfaction et d’émotions intenses qu’une première écoute d’une symphonie de Brahms, autant de réconfort qu’une sonate de Mozart, autant de joie qu’une oeuvre vocale de Berio…

D’où alors cette incompréhension?

Il faut savoir ce que l’homme moderne recherche.
Deux choses : de la « bonne » information, et du réconfort.

Si, au premier abord, l’objet/produit/source qui semble de qualité inférieure, il sait qu’il a le choix, et qu’il pourrait trouver mieux. C’est la puissance de la liberté, la liberté de l’offre abondante. L’homme moderne ne dispose plus la patience qu’il avait d’antan, d’écouter une oeuvre inconnue jusqu’au bout afin de pouvoir se faire une idée générale à la fin. L’homme moderne a comme habitude de zapper la télévision, de choisir au supermarché, de regarder sur internet; donc son premier instinct est d’identifier et trier les informations qu’il lit/entend/regarde. Et il est entrainé à bloc pour ça. En s’exerçant d’innombrables fois par jour. Aujourd’hui, on dirait même que c’est la première chose qu’on développe en tant que bébé, même avant de marcher ou de dire « maman ».

    Mais nous savons tous que la plus forte des émotions arrive seulement si on lui laisse le temps de nous envahir.

Voilà pourquoi il est indispensable d’informer le public, lui apprendre que la musique est un art en temps réel, et que la musique n’est pas les bribes de phrases qu’on entend dans un spot publicitaire mais plus dans l’optique d’un film, où l’on sait qu’il se passera quelque chose à la fin. Nous devons réussir à changer l’image de la musique classique, qui s’appelle toujours musique mais qui, dans la conception actuelle, est plus proche d’un évènement - car dans une oeuvre il y a une construction; pareille que dans l’élaboration d’un programme de concert, voire d’un évènement. Le discours sera uniquement complet si l’on lui offre la patience, d’écoute, d’expectation, et la chance de récompense.

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L’homme moderne se perd. Aujourd’hui, il est perdu dans sa maison, dans ses papiers, dans l’éducation de ses enfants, dans le but de sa vie. Il cherche désespérément une chose qui le rappelle à son enfance, à ses principes, à sa façon de voir la vie. Il est perdu dans le temps. Le réconfort se procure de deux manières : de la résolution d’un énigme (ou d’un problème récurrent), ou dans le souvenir du temps où le monde semblait intact. La musique, quant à elle, peut aisément procurer les deux: rien de plus facile que de jouer un air connu, une mélodie harmonieuse qui rappelle des souvenirs - des bruits du quotidien mis en situations - des paroles - résoudre une fugue - créer une tension qui se résous à la fin du morceau. Mais, nous ne parlons pas des airs connus classiques ! La consommation du public en matière de cinéma ou télévision a augmenté, et le style de musique qui y est utilisé n’est plus exclusivité du classique romantique. L’auditeur aujourd’hui est capable de se sentir à l’aise à l’écoute d’un cluster, du bruitage avancé en guise de musique, des séquences rythmiques complexes (cf 5/4 pour le thème de la célèbre série « Game of Thrones »). Finalement c’est notre propre modernité à nous tous qui nous attire vers l’écriture contemporaine, car c’est l’image du monde contemporain, avec les ressentis de chacun au plus profond.

Nous vivons dans un monde complexe, inondé d’informations où chacun fait son tri, et éperdument perdu. Le lien ombilical a été cassé entre le public et la musique classique. Musica U souhaite intervenir sur ce point : rappeler au public ce qu’est la musique d’aujourd’hui, et quelle est son potentiel - rappeler au public la réelle façon d’apprécier la musique, apprendre la patience et l’attente, lui donner le réconfort, aspiré à la modernité et le langage d’aujourd’hui et ainsi récupérer la place de la musique classique au sens large auprès grand public.

    Si, pendant longtemps, la musique contemporaine a été le protégé de la musique classique, il est temps de s’émanciper et penser à lui rendre la pareille. Nous sommes convaincus que grâce à notre projet la musique, contemporaine ou classique, retrouvera l’accès au public, grand, petit, ancien ou nouveau, et que notre rôle est indispensable dans le paysage musical actuel.